Histoire et patrimoine bâti

par Xisco

Histoire et patrimoine bâti

SAINTE HONORINE DES PERTES : 


L’église Honorine

 Primitivement, l’église n’eut que la largeur du chœur actuel ; construit à la fin du XIIIe siècle, ce chœur présente à l’extérieur, au côté méridional, une corniche à modillons en forme d’arcatures ogivales. A l’intérieur on a sculpté dans le même style les chapiteaux des colonnes supportant les arcatures des deux travées de la voûte. Au moyen de deux arcades, ce chœur communique avec une chapelle aussi haute et aussi longue. D’abord éclairée par une très grande ogive, cette chapelle avait été obscurcie par un lambris informe. Avec raison, en octobre 1903, M. l’abbé Gallot, curé actuel, enlevait ce lambris et faisait construire une voûte s’harmonisant avec le chœur nouvellement restauré. En mars 1904, avait lieu le pavage du sanctuaire, la pose d’un beau maître-autel en pierre et marbre, puis la bénédiction des statues de Sainte Honorine est devenue attrayante et pieuse. La tour présente un intérêt spécial. Construite à l’extrémité de la nef primitive, elle fut, comme celle-ci, à la charge des paroissiens. Sa base est ornée de deux arcatures romanes retombant sur deux longues bandes plates. Cette disposition, qui a de grandes analogies avec les bandes lombardes, est très fréquente dans les églises normandes. 

 A Sainte Honorine, chaque face du premier étage de la tour a une ouverture en lancette double au fond d’une voussure que forment trois archivoltes en arc brisé reposant sur de fines colonnettes gothiques. Dans la lancette double, un meneau horizontal étrésillonne la colonnette commune. Un bandeau de quatre-feuilles orne la corniche sur laquelle est posé un toit en bâtière de bonne pierre. Un peu plus étroit que la corniche, ce toit est postérieur à la tour, d’abord couronnée d’une plateforme d’observation et de défense

 

Chapelle Saint Siméon

 Edifiée en calcaire au XIIIe ou XIVe et reconstruite au XIXe

 Située près de la mer, dans la verdure, cette chapelle, ruinée lors du Débarquement allié en 1944, était un lieu de pèlerinage autrefois.

 On connaît plusieurs saints du nom de Siméon. Celui qui nous intéresse ici est moine à Syracuse (Sicile), dans une communauté si pauvre que l’abbé l’envoie près de l’évêque de Rouen qui entretient des relations étroites avec des Normands installés en Sicile. Mais l’évêque refuse toute aide. Siméon repart, les pieds en sang. Il les baigne dans une source qui, miraculeusement, le guérit. C’est ce que nous conte la légende. Ayant quitté la région, il se fait ermite et meurt dans un trou de rempart à Trèves.

 La chapelle est mentionnée dans le livre Pelut de Bayeux sous la dénomination de «  capella sancti simeones ». L’édifice en ruine est reconstruit au XIXe< siècle en remplacement d’une chapelle remontant au XIIIe siècle et remplaçant, dit-on, un sanctuaire plus ancien, bâti plus près de la mer et disparu avec le recul de la falaise. Elle sera en partie détruite lors du Débarquement.

 En contrebas, à flanc de falaise, la fontaine Saint-Siméon n’est plus accessible depuis 1960. Jusqu’à la Deuxième Guerre Mondiale, les fidèles venaient à la chapelle implorer saint Siméon pour obtenir la guérison des «  fièvres  » : paludisme appelé «  fièvre tremblante  », fièvre de Malte, etc… Les malades allaient boire l’eau de la fontaine, ou encore y trempaient leurs linges. On y baignait aussi les enfants rachitiques. La statue de Saint-Siméon est aujourd’hui conservée dans l’église de Sainte-Honorine-des-Pertes et continue d’être l’objet de pratiques de pèlerinage.

 

Le Val des Hachettes

 En 1850, Alcide d’Orbigny, fondateur de la paléontologie stratigraphique, choisi la falaise de Sainte Honorine-des-Pertes comme coupe géologique de référence d’une période du jurassique moyen. Il lui donnera le nom de Bajocien (du nom des habitants de Bayeux). C’est le seul endroit de la côte normande où toute la coupe de cette période est visible (-175 à -164 millions d’années). En 1935, lors de son classement parmi les sites, le Val des Hachettes est qualifié de «  site pittoresque et historique. Il domine une partie des plus chaotiques de la falaise et est connu des savants du monde entier à cause des gisements de fossiles. C’est sur ce point de côte que Flaubert a situé les recherches de ses deux héros : Bouvard et Pécuchet.  ». Cet endroit est retenu, en 1946, comme le stratotype (couche de référence) du Bajocien.

 

RUSSY 

 L’histoire de Russy remonte probablement à des temps plus anciens mais c’est à la fin du XIVe siècle, qu’une partie de la famille PICOT s’est implantée à Gouberville (dans le Val de Saire). Le père de Gilles est Guillaume PICOT, seigneur de Gouberville, lieutenant des Eaux et Forêts pour le Vicomté de Valognes, sa mère est Jeanne du Fou, fille du seigneur du Mesnil-au-Val, capitaine du château de Cherbourg.

 En 1542, Guillaume PICOT confie la gestion de toutes ses affaires à son fils ainé, Gilles. Succédant à son père, en 1543, il reçoit également la charge des Eaux et Forêts. En 1544, après la mort de son père Gilles devient lui-même seigneur de Gouberville et du Mesnil-au-Val. C’est en 1560 qu’il succède à son oncle Jean Picot et devient seigneur de Russy.

 Gilles PICOT, seigneur de Gouberville, du Mesnil-au-Val et de Russy, meurt en mars 1578. Pour la petite histoire, Le nom de Gilles de GOUBERVILLE, comme celui de tant d’autres de ses semblables, aurait dû tomber dans l’oubli. Mais il laisse derrière lui un trésor inestimable. C’est son journal, parvenu jusqu’à nous, composé de 3 gros cahiers, le premier 1549, le second de 1553 et le troisième de 1557.

 Ces très vieux registres ont été découverts au 19ème siècle dans le chartrier (collection de documents autrefois appelés chartres) de Saint-Pierre-Eglise (Cotentin). Ils traitent notamment de la gestion des biens et de la comptabilité de l’époque. Les « mises », selon le vocabulaire du 16è siècle, ce sont les dépenses de la maison ; les « receptes » ou recettes le sens n’a pas changé, ce sont les sommes reçues. Il s’agit d’un livre de comptes, d’un livre de raison. Gilles de Gouberville décrit son existence telle qu’elle est vécue au jour le jour et telle qu’il la voit. Il rapporte avec une extrême minutie tous les aspects de sa vie de gentilhomme terrien. Normand, Gilles de Gouberville s’intéressait de très près aux pommes à un point tel que la première distillation du cidre connue (en 1554) lui serait attribuée. A cette époque, on ne parlait pas encore appeler cette eau de vie « le Calvados ». A Russy, Gilles de Gouberville avait pour demeure le manoir du XVIème siècle situé l’entrée Est du Haras d’Etreham, sur les terres de Russy.

 Russy se singularise également par quelques évènements et visites prestigieuses. C’est ainsi que Beaudouin 1er, Albert 2 et leur sœur ainée la princesse Joséphine-Charlotte de Belgique, envoyés par leur père Léopold 3 pour fuir l’invasion allemande en Belgique, ont résidé du 11 au 23 mai 1940 au manoir du Marais à Russy, propriété de la famille DUFOUR. Beaudouin fut roi des belges de 1951 à 1993. Toujours pendant la guerre, au lendemain du débarquement, la BBC installera au manoir du Marais le premier studio avant qu’il ne rejoigne le château de Creully. Le manoir a également hébergé René COTY qui fut président de la République de 1954 à 1959.

 L’histoire de Russy et d’Etreham est liée par celle du comte d’Houdetot et du haras. Une nièce du comte d’Houdetot entre dans la famille du vicomte FOY. C’est un petit fils qui crée une station d’élevage de chevaux. Le 4ème comte Foy cèdera la station d’élevage à son ami Hubert de Chambure dans les années 1940. Pendant une courte période de 1828 à 1832 les communes d’Etreham et de Russy ont été réunies. Commune rurale d’arrière littorale, Russy comptait en 1965 : 13 exploitations agricoles aujourd’hui il n’en reste que 3. Son église « Eglise saint Eloi » du 13ème dont le cœur et le clocheton datent du 13ème siècle sont inscrits au titre des monuments historiques depuis le 29 octobre 1926. Malgré l’absence du curé depuis les années 1940 la municipalité a décidé d’entreprendre des travaux de restauration actuellement en cours d’achèvement.

 Outre de nombreuses curiosités dignes d’intérêts dont : des graffitis marins, une serrure de 1835, 14 stations du chemin de croix du 19ème siècle, une statue de la vierge à l’enfant du 18ème siècle, un tableau de la Sainte famille du 19ème siècle, une verrière clocher datant de la même période, une poutre de gloire en fer forgé noir et dorée porte un Christ en bois qui est une copie de celui réalisé pour le maître-autel de la cathédrale de Bayeux en 1771, copiant lui-même celui de Notre Dame de Paris disparu pendant la révolution, un Maître hôtel dont le retable à niche est remarquable et un tableau de la crucifixion datant de la 2ème moitié du 18ème ou début 19ème siècle dont l’auteur est inconnu. Dans cette huile sur toile, nous voyons au pied de la croix Marie Madeleine à genoux, qui essore un linge au-dessus d’une bassine. (Marie Madeleine qui est une disciple de Jésus, elle le suit jusqu’à ses derniers jours et assiste à sa résurrection). Près d’elle, un homme debout tend un linge blanc vers le Christ.

 Un if est protégé en tant que site classé depuis 1936. Pour les celtes, l’if était un arbre sacré, l’emblème à la fois de l’immortalité et de la mort. Dans les cimetières, il assurait un lien entre les vivants et les morts, il honorait les morts. Lors de son classement en 1936, l’inspecteur des eaux et forêts le décrit ainsi : « cet arbre aux dimensions assez considérables 4,30 de tour pour une hauteur de 15 m, nous est apparu comme étant encore très vigoureux. Sa plantation remontrait à la création de l’église, au XIII ème siècle. En 1936, le tour de l’arbre mesurait 4,30 m, aujourd’hui, il mesure 5,80 m

 Russy est également jumelé avec son homonyme Suisse « Russy ». Nos 2 communes ont prononcé le serment de jumelage en septembre 2015 après 9 années d’étroites relations et d’échanges amicaux. Russy en Suisse est un village de 220 habitants, situé en Suisse romande dans le district de la Broye et le canton de Fribourg, entre le Jura et les Alpes non loin du lac de Neuchatel, à une altitude de 565 m. Région francophone de la Suisse il n’y a pas entre nous la barrière de la langue.

Marc PARIS Réalisé à partir de documents transmis par Gilbert TORCHEUX et de Julie LAMY

 


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